jeudi, 18 septembre 2014 13:59

La radioprotection du patient et des travailleurs hors service d’imagerie dans le collimateur de l’AFCN

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Le bloc opératoire (mais aussi les cliniques dites « one day ») est souvent considéré comme un secteur totalement indépendant des services d’imagerie médicale avec son matériel et son personnel. Malheureusement, cette séparation, bien que nécessaire pour une question d’organisation, engendre des dérives parfois désastreuses de la pratique.

Pourquoi la culture de la radioprotection n’y est elle pas aussi ancrée que dans les services d’imagerie médicale ?

Il y’a plusieurs éléments qui permettent de fournir une réponse à cette question. Tout d’abord, l’imagerie en elle-même peut parfois n’être qu’une étape dans une procédure complexe, dès lors, introduire la notion de radioprotection comme un des éléments principaux de cette procédure peut sembler totalement déconcertant pour certaines personnes. L’autre facteur n’est autre que le bon vouloir du « médecin-dieu » qui, dans la majorité des cas, imposera sa vision à l’ensemble du personnel présent pour l’assister dans la dite procédure.
Malheureusement, certains spécialistes peuvent aussi ressentir une pression importante à cause du besoin de rentabilité de cette dernière.
Ainsi, il n’est pas rare de constater quelques « entorses » aux procédures permettant un gain de temps considérable. Pourquoi s’encombrer d’un tablier plombé pour deux trois contrôles sous scopie ? Autant se demander pourquoi s’encombrer d’un pare-brise dans nos voitures pour deux trois graviers.

Voici les conclusions des groupes de travail formés par l’AFCN à ce sujet :

« Le groupe de travail I, qui planchait sur le sujet ‘Education & Awareness’, a mis en exergue l’importante diversité au niveau de la formation en radioprotection que reçoivent les auxiliaires. La mise sur pied d’un cadre concret pour la formation obligatoire de toutes les personnes actives dans un environnement hospitalier est utile pour soutenir l’organisation de cette formation. Une formation continue en radioprotection est obligatoire pour les différents profils, mais une directive concrète en ce sens fait toujours défaut. Le groupe de travail a formulé plusieurs suggestions visant à stimuler la formation des travailleurs (ex. la mise en place d’une collaboration interhospitalière en la matière, l’enregistrement de chaque formation suivie dans les dossiers des membres du personnel), des auxiliaires (ex. formation orientée sur l’optimisation de certaines applications comme la fluoroscopie et la CT), et des médecins (ex. collaboration plus étroite avec l’INAMI et le SPF Santé publique). »

« Le groupe de travail II, en charge du thème ‘radiation protection of the worker’, a conclu que les médecins spécialistes constituent un public cible difficile à atteindre. Ils ne participent, en effet, pas suffisamment à la formation et à l’information obligatoires sur le thème de la radioprotection, ils estiment qu’un suivi médical du travail n’est pas toujours applicable et qu’ils doivent prendre en compte d’autres priorités que celle de se protéger contre les effets stochastiques potentiels des rayonnements ionisants. Leur fonction et leur statut au sein de l’équipe médicale font en sorte que les autres collaborateurs attachent également moins d’importance à la radioprotection. Il existe pourtant suffisamment de moyens pour attirer l’attention sur cette problématique et pour ensuite la suivre : les données de la dosimétrie individuelle, la formation et l’information annuelles, les avis et les contrôles du radiophysicien agréé et du contrôle physique, etc. Il semble également nécessaire de mettre sur pied une communication adéquate dans le cadre du suivi médical du travail. »

« Le groupe de travail III, qui se focalisait sur le thème ‘radiation protection of the patient’, a constaté que la dose au patient n’était pas encore gérée en routine, plus particulièrement l’utilisation de niveaux d’alarme (trigger levels) pour les effets déterministes, alors que les valeurs du produit dose-surface permettent un meilleur suivi des doses. Des directives pratiques doivent être établies, d’une part, pour le personnel et les professionnels des soins de santé chargés du suivi du patient et, d’autre part, pour le patient lui-même. L’enregistrement des doses au patient dans le cadre des études de l’AFCN ne respecte pas la réglementation en vigueur et il s’avère nécessaire de mettre en place une communication adaptée à ce groupe cible. Pour celui-ci également, la formation et l’information ont été identifiées comme l’élément crucial, au même titre que le contrôle réel de la formation par l’AFCN et le service de contrôle physique. »

La situation est identique dans plusieurs pays européens et notamment chez nos confrères français pour lesquels l’IRSN déclare : « Les équipements de protection individuelle (EPI : tabliers, chasubles, jupes, lunettes plombées, …) sont souvent mal adaptés. Leur poids est important et ils sont soumis à des contraintes assez fortes qui ne permettent pas d’assurer longtemps leur intégrité. Ces équipements sont par ailleurs rarement contrôlés. »

En conclusion, nous invitons nos collègues présents dans ces secteurs à toujours veiller à leur sécurité mais aussi à celle de leurs collègues et du patient, et ce, peut-importe la « pression » de certaines personnes mal renseignées ou ignorantes. Il est important de garder votre objectivité et de vous baser sur vos connaissances théoriques et pratiques, aucune raison (et surtout pas celle de la rentabilité d’une procédure) ne permet d’outrepasser les règles de radioprotection qui, au même titre que celles d’hygiène, sont incontournables. Les protections plombées sont nécessaires à votre sécurité et l’exploitant doit se plier à des règles strictes établies par l’AFCN.




Pour plus d’informations :

The determination of Trigger Levels for patient doses in Interventional Procedures (Projet TRIR)
Extremity Doses of Medical Staff for Complex Interventional Procedures and in Nuclear Medicine (Projet EXDOS)
Radiological Protection in Fluoroscopically Guided Procedures Performed outside the Imaging Department (CIPR)
Extremity dosimetry in Interventional Radiology (ORAMED)